En direct de La Havane
15 janvier 2011
Rapport n°12 : Qui veut la peau de Roger Racine ?
Mardi 11 janvier : plateau Jean Cocteau (rue Archereau)
Pour la première fois depuis le début de sa mission, votre agent (nom de code : Docteur Arlucky) découvre la base secrète de la Havane dissimulée rue Archereau. Les salles y sont nettement plus vastes que partout ailleurs (les cours de comédie musicale y ont exclusivement lieu) mais de toute évidence originellement non dédiées à l'exercice théâtral (absence totale de coulisses).
Un travail de pré-séance avec Liza et Tony donne l'occasion à votre agent ce matin-là de recroiser Muriel Solvay, qui occupait le plateau Jean Cocteau la première.
Liza et Tony, justement, sont les premiers du jour à passer au feu avec deux disputes de ménage issues de Qui a peur de Virginia Woolf, pour le parcours de Liza. Cette dernière fait une entrée amusante en chantant très fort un tube des Rita Mitsuko. Régine, qui souhaite les tirer du « piège du naturalisme » leur fera travailler leurs entrées à la façon de stars du showbiz hautaines.
Votre intrépide agent est le suivant à se lancer en proposant les trois premiers tableaux d'affilée du parcours d'Arlequin avec sa distribution complète. Le premier tableau (Lélio-Arlequin) est, à ce jour, inédit.
Hélas ! Régine, très pointilleuse, mettra le doigt sur de nombreuses fautes de texte et regrettera un manque d'énergie par rapport aux performances du vendredi précédent et une interprétation parfois « trop bébé » du personnage d'Arlequin.
Conclusion : Arlequin est un rôle qui demande beaucoup d'énergie. Il faut être toujours au taquet !
Lény, de retour après une semaine de grippe, interprétera pour son parcours Cyrano avec sa grande tirade du « Non, merci ! » (Acte II, scène 8) au côté de votre agent qui fait Le Bret sans faire le guet. Régine sera catastrophée par de grosses faiblesses au niveau des alexandrins, des e muets et du nombre de pieds non respecté.
Il montrera plus tard la scène 9 de l'Acte IV, avec Tony en Christian. On essaie alors de se rappeler qui jouait Christian dans la fameuse adaptation cinématographique de Cyrano de Bergerac. (après vérification il s'avère que c'est Vincent Perez)
Pour son Partage de Midi, Ksénia propose d'abord un son de sirène de bateau enregistré puis le cantique de Mesa, qu'elle veut d'abord faire dire en chœur par Amalric, Mesa et De Ciz ensemble (Lionel, Thomas, Docteur Arlucky). Les essais de lecture en chœur ou alternée s'avéreront peu probants. Mesa le dira donc seul.
Une tirade d'Ysé sera aussi travaillée, adressée aux trois témoins masculins, ainsi qu'une scène Ysé-Mesa. Ici aussi de grands problèmes de e muets et de respirations se feront jours.
Marie D passe une scène de son parcours de Lucrèce Borgia dans laquelle elle s'adresse à cinq ennemis dans le public pour leur annoncer qu'elle les a empoisonnés à leur insu et qu'il n'ont qu'une heure à vivre encore. Régine décide, plutôt que la scène soit en adresse public, de faire interpréter les cinq hommes en question. Tâche à laquelle se dévouent Manuel (l'autre), Lény, David, Tony et votre mithridatisé agent.
Pour faire cette terrible annonce de mort, il est conseillé à Marie de jouer la terreur et la folie furieuse. Quelqu'un citera Bellatrix Lestrange (inquiétante protagoniste psychopathe/tique de Harry Potter) en référence.
André a choisi Les Possédés d'Albert Camus pour son parcours. Il y propose aimablement le rôle du prêtre Tikhone à votre agent. Malheureusement celui-ci, déjà trop sollicité dans plusieurs autres parcours havaniens, se verra obligé de décliner l'offre mais participera tout de même à la lecture du jour. Si le choix du parcours est bon, Régine estime que les coupes et le montage sont à revoir pour ne pas occulter le contexte et les enjeux politiques de la pièce.
A son grand regret, constatant que plusieurs personnes en sont encore à tatoner dans leur choix de parcours, Régine nous confiera que la classe est en retard dans son travail par rapport à d'autres.
Une information d'importance filtre : à dater de la semaine prochaine, les parcours devront pouvoir être présentés en entier !
« J'ai envie d'te tuer ! » Régine à Tony, qui hésite encore pour son parcours.
Jeudi 13 janvier : salle Paul Claudel (rue Mathis)
Une information capitale nous parvient ce jour-là : les dates d'échéance des parcours d'un rôle sont fixées aux 17 et au 18 mars prochains. !
Liza montre à nouveau des scènes de Qui a peur de Virginia Woolf, mais cette fois-ci à quatre (avec Tony, Farida et David). Dans ces scènes la guerre conjugale qui oppose Martha à George continue devant deux invités impuissants. Farida se distinguera dans son rôle de Honey, invitée ivre et hilare.
Après eux c'est Marie D qui ira travailler une scène de Marion de Lorme entre Marion et Didier (Thomas).
Ksénia voulait montrer l'ensemble de son parcours d'Ysé mais, Amalric (Lionel) manquant, seules trois scènes seront montrées dont une entre Ysé et son mari De Ciz (Docteur Arlucky).
Pour ce parcours Ksénia a choisi de ne pas jouer de scène entière et a effectué d'importantes coupes. Ainsi il incombe à votre agent de dire à la suite, en étant entrecoupé de noirs mais sans avoir de réponse parlée, plusieurs des principales répliques de De Ciz. Une scène Ysé-Mesa est aussi montrée.
Si le texte est su, Régine trouve néanmoins les vers incompréhensibles et l'ensemble trop mou. Il faut revoir le texte au niveau des respirations.
Plus grand monde n'ose s'avancer en scène. Régine décide de s'adresser aux troupes et remet en cause leur désir de plateau.
« S'il n'y a pas des gens pour vous désirer vous n'êtes rien. » Régine
Farida propose pour la première fois une de ses scènes de Bérénice, où votre impérial agent joue Titus. Régine est choquée par des coupes de texte qu'elle juge inacceptables. En effet, en faisant ses coupes Farida a malencontreusement supprimé des pieds et des rimes. Cette faute vient d'un malentendu, Farida ayant cru entendre Régine autoriser une telle prise de risque quelques temps auparavant. Les autres scènes seront lues. Verdict : les coupes sont à revoir.
Régine et Farida débattent également sur la vision à avoir du personnage, que Farida voit comme une coquette un peu narcissique. Cela donne une discussion très « actor studio ».
On fait à cette occasion allusion à une mise en scène passée de Bérénice par la Comédie Française qui fut scandaleuse car entièrement chuchotée.
Il faut être délicat avec la tragédie.
Régine propose, pour le cours du lendemain, de consacrer une séance entière au travail des alexandrins et des vers en général. La motion est acceptée.
On termine enfin par une lecture de la dernière scène du parcours de Cyrano de Lény (Acte V, scènes 5 et 6) avec Manuel (l'autre), votre agent et Liza pour remplacer l'absente Lucile.
« Soyez des jouisseurs au niveau des mots, c'est comme des fruits. » Régine
Vendredi 14 janvier : plateau Jean Cocteau (rue Archereau)
Tout le monde se réunit se jour-là dans l'expectative du cours sur les vers promis par Régine. Malheureusement Régine est absente et le travail de vers reporté. C'est Julien qui assurera la direction du cours de ce jour. Il nous apprend que l'échéance des parcours d'un rôle pourrait avoir lieu sur la plateau Cocteau, au grand dam de certains.
Heureusement, même s'ils s'attendaient à un cours théorique, les Havaniens ont quelques travaux sous la manche et dans le coude.
Ainsi David est le premier à se lancer avec le Roi se meurt, accompagné de ses nombreuses répliques (Marie D, Roxanne, Morgane F, Manuel l'autre, Servaas) textes à la main. L'ensemble est déjà bien pensé et forme une proposition très formelle. David a également l'idée de représenter le temps qui passe par une personne qui courrait sur place déguisé en horloge ou couvert de montres.
Le début de parcours sera rejoué avec les quatre gardes (Anatole, Thomas, Tony, Docteur Arlucky) chargés d'accompagner les chutes du Roi.
Votre agent ne peut s'empêcher de présenter les quatre premiers tableaux enchaînés du parcours d'Arlequin. Le plateau n'a pas de coulisses, mais on a deux paravents noirs à placer côte-à-côte. La première tâche est donc de caser là-derrière les huit personnes (Servaas, David, Farida, Roxanne, Anatole, Marie D, Tony, André) chargée de chanter l'Amant de Saint-Jean au troisième tableau, et des aider à placer leurs huit têtes de part et d'autre de la coulisse au moment fatidique.
L'ensemble est montré une première fois, jugé en voie d'avancement par Julien, puis retravaillé tableau par tableau et au niveau des transitions.
Pour le premier tableau Julien conseillera à votre vertueux agent de penser aux lazzi d'Arlequin, d'annoncer à Lélio l'arrivée de la Comtesse en gardant à l'esprit que Colombine est la principale menace. La transition qui suit est retravaillée et verra Arlequin poursuivi par Colombine puis Lélio par la Comtesse.
A la fin du troisième tableau (la ballade), se retrouve mis torse nu et allongé par Colombine. Il s'agit sur la dernière réplique (« Je suis perdu, j'étouffe, adieu ma vie, sauve qui peut. ») de bien marquer le déchirement d'Arlequin entre amour et répulsion.
Pour le quatrième tableau, qui était jusqu'alors inédit, et plus particulièrement les brefs monologues d'Arlequin, Julien conseille à votre attentif agent de « changer d'idée toute les dix secondes ». Ce tableau comporte un jeu à conserver avec la chemise précédemment arrachée par Colombine que Arlequin essaie maladroitement de renfiler.
Thomas lira quelques extraits de Platonov avant que n'éclate la PAUSE.
Tout le monde revenu, Julien décide de s'attaquer aux scène de groupes.
On commence avec Marion de Lorme, où Marie C veut qu'un bourreau et une longue procession accompagnent Saverny à l'échafaud et viennent lui arracher son Didier. Ce passage est abordé pour la première fois et nécessitera beaucoup d'effort pour faire marcher toute la procession au pas et à l'unisson.
Toujours dans Marion de Lorme, le début avec la chanson Diamonds are a girl's best friends est ré-abordée avec cette fois-ci un accompagnement audio. Les dernières paroles chantées par les hommes auront du mal à se placer en rythme.
Pour finir c'est la bataille Capulets versus Montaigus qui est recréée, et entrecoupée de noirs si opaques que les adversaires auront du mal à se trouver. Lionel en ressortira meurtri au bras.
Tout le monde se sépare ce soir-là en se souhaitant un bon week-end et en espérant retrouver Régine dès mardi pour travailler sérieusement en vers et contre tout.
Docteur Arlucky
Base secrète rue Archereau
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
