En direct de La Havane
4 juin 2011
Rapport n°32 : La Havane over the Rainbow
Mardi 31 mai : salle Pierre Dux
Pour débuter cette nouvelle semaine, Muriel souhaite entendre toute la partie Lucrèce dans sa continuité. Mais il faut pour ça que tous les Havaniens soient réunis.
En attendant les retardataires, on assiste à une représentation de l'Instable avec Ksénia en perruque blonde, Lionel dans le rôle d'un aspirant comédien, et Farida dans celui d'un metteur en scène aux indications aussi variées que sadiques. La scène jouée une première fois jusqu'au bout, Muriel demande : c'est quoi l'enjeu ?
La relation entre Farida et Lionel est très floue, le jeu n'est pas assez poussé. En effet Lionel, dans son rôle de comédien casté, doit être prêt à tout faire à fond pour réussir l'audition et s'attirer les faveurs du metteur en scène. De son côté Farida doit s'amuser des efforts de Lionel. Ksénia enfin, dans le rôle de la partenaire potiche, doit se montrer digne, froide, rêveuse, inaccessible, et recoiffer nonchalamment ses mèches blondes à la moindre occasion.
On décide de pousser les choses, de les exagérer. Ainsi l'indication « Intéressé » donnée par Farida doit être interprétée au sens « lourdingue » par Lionel auquel il est demandé de réagir au quart de tour, quitte à réinventer le texte. On essaie même de le faire jouer à force d'onomatopées.
Pour finir il s'agira pour le brave Lionel de jouer la scène sans les didascalies dites par Farida.
Morgane P qui, rappelons-le, ne pourra être à La Havane lors de la date butoir du 25 juin, vient présenter son interprétation du Tabouret, de Lagarce, qu'elle devra jouer avec un extrait de Lucrèce devant invité pédagogique le vendredi 10 juin.
« Comment faire un tour complet sur une chaise ? »
Dans ce monologue Morgane nous présente donc son précieux tabouret, qu'elle a acheté avec ses colocataires et compte bien conserver auprès d'elle une fois la colocation terminée. Elle relate les circonstances de l'achat de cet ustensile et les inepties de ses compagnons soutenant alors qu'une chaise est meilleure qu'un tabouret, obligeant Morgane à défendre son point de vue bec et ongles.
Si le texte est bien su et bénéficie du grain de folie de Morgane, celle-ci n'en profite pas assez et visualise parfois trop de personnages imaginaires en même temps à des endroits différents.
Suite à la PAUSE tous les Havaniens sont réunis, sauf Marie D qui est excusée pour des partiels de biologie. Ses textes seront lus par Julien. Muriel réclame tout le monde sur le plateau. L'idée est de ne pas s'attarder sur les mises en scène qui ont déjà pu être établies et de ne se préoccuper que de l'écoute et la parole. Ainsi, dans l'ordre donné par la conduite, les havaniens s'avancent les uns au milieu des autres quand vient leur tour et doivent réciter clairement leur texte.
Votre opportuniste agent (nom de code : Docteur Arlucky) en profitera quand même pour présenter à Muriel son costume de « prof d'université » requis pour sa première scène de Lucrèce : lunettes, jean, haut de costume gris et polo blanc à col roulé.
Pour les scènes de Lucrèce on se référera bien sûr à la traduction d'Alfred Ernout parue aux éditions Gallimard.
- Éloge de la Philosophie (page 61) : Liza, Tony, Morgane F, Manuel (l'autre)
- Les dieux (page 84) : Docteur Arlucky, Ksénia
- « Maman vache » (pages 72-73) : Marie C, les filles
- Crimes causés par la religion, Iphigénie (page 24) : André
- La croyance aux dieux, maux qui en résultent (pages 233 à 235) : David, Thibaut, Ksénia, les gisants (Marie C, Marie D, Roxanne, Liza, André, Thomas, Docteur Arlucky)
- Principe fondamental, rien ne naît de rien : Lucile, Farida
- Les éléments des corps peuvent exister tout en étant invisibles (page 31) : Servaas, Lionel
- Le vide (page 32) : Armeline, Roxanne
- Étudier la nature de l'âme et détruire la crainte de la mort (page 106) : Morgane F, Manuel (l'autre)
- Rapports de l'esprit et de l'âme (page 110) : Ksénia
- L'âme, le cadavre et les vers (page 131) : Marie D, Anatole, Thomas
- Des âmes immortelles ne sauraient se disputer l'entrée dans un corps mortel (page 133) : Liza
- La mort ne peut être une souffrance mais une délivrance (page 135) : Morgane P, André, Manuel (l'autre)
- « Allons, cède la place à d'autres : il le faut... » (pages 139-140) : Marie C, Roxanne, Liza, David, Docteur Arlucky
- La puberté (page 181) : Servaas
- Dangers de l'amour (page 181) : Marie C et Marie D, puis Thomas, puis Anatole, puis Lucile et Thibaut, puis Lionel et Docteur Arlucky
- L'habitude et l'amour (page 188) : Armeline
- Titres du Livre V : Servaas
- La doctrine d'Épicure (page 231) : Tony
Il ressortira de ce grand enchaînement que certains textes devraient déjà être sus par cœur, que plusieurs comédiens doivent parler plus fort ou plus distinctement, et surtout que l'adresse public est primordiale.
Le court passage collectif « Allons, cède la place à d'autres : il le faut... », jamais travaillé, est mis de côté par Muriel jusqu'à nouvel ordre.
Thibaut fera une proposition enjouée de scénographie se composant de deux plateaux à la fois, dont un faisant office de panthéon de dieux grecs.
La première scène Éloge de la philosophie, qui est encore une des moins abouties, est aussitôt travaillée en profondeur. Liza, Morgane F, Tony et Manuel (l'autre) sont placés au sol, assis ou allongés comme sur de l'herbe, détendus, dans une ambiance qui se veut bucolique mais qui ne manquera pas d'évoquer un aspect « Woodstock » aux yeux de certains et de faire ressembler nos protagonistes à quatre hippies.
Tony proposera une autre mise en scène, dans laquelle tout le monde serait mis à contribution pour figurer un champ de cadavres, ce qui arrachera à votre bravache agent le commentaire suivant : « C'est pas très bucolique. »
La séance se termine avec une scène du Cid de Corneille, répétée spécialement pour le troisième et dernier tour du concours d'entrée à la classe libre que Ksénia doit passer le lendemain. Elle y interprète Chimène, et Marie C lui donne la réplique dans le rôle d'Elvire. Il s'agit-là d'une scène imposée par La Havane à Ksénia deux semaines auparavant, en même temps qu'elle apprenait avoir réussi le deuxième tour.
Comme le passage devant jury doit s'effectuer dès le lendemain Muriel évitera de trop brusquer la scène. Le texte en alexandrins est délicat pour Ksénia, en raison de son accent russe, mais elle est dotée d'une belle voix grave, un atout dont il faut se servir.
Mercredi 1er juin :
Comme dit plus haut, c'est aujourd'hui que Ksénia est convoquée pour le troisième tour du concours d'entrée de la classe libre. Votre omniprésent agent sera impliqué dans les événements.
Le règlement stipule que les candidats ont à présenter deux scènes au jury : l'une imposée par La Havane, l'autre choisie librement pourvue qu'elle soit dialoguée. Les candidats d'origine étrangère, comme Ksénia, ont en plus une troisième scène à présenter dans leur langue natale.
Nous l'avons déjà vu, Ksénia s'est vu imposer une scène du Cid par La Havane, dans laquelle Marie C lui donne la réplique. Sa scène libre sera le tableau 2 de Funérailles d'Hiver, d'Anokh Levin, qu'elle a déjà maintes et maintes fois travaillé avec votre fumeux agent (cf rapports n°2 à 10 puis n°19-24-25). Sa dernière scène prévue sera un extrait des Trois Sœurs de Tchékov, où elle jouera en russe le rôle de la cadette Irina.
Ksénia, Marie et votre ponctuel agent se retrouvent donc au fief de l'avenue Jean Jaurès dès 9h30. Ils y croisent plusieurs autres havaniens réunis pour les mêmes raisons, dont l'agent Natacha S. Il s'avère que sont réunis ce matin-là tous les postulants d'origine étrangère. Tout le monde est parqué dans l'inénarrable salle n°9. Ksénia, très concentrée, est convoquée en quatrième position. Guidée par d'actuels havaniens de la classe libre, et suivie de ses deux partenaires, elle franchit un sas menant de la salle n°9 à la salle Isabelle Adjani où l'attend un jury très fourni.
Ce jury, composé de neuf bourreaux, est présidé par le sympathique François-Xavier Hoffmann (cf rapports n°10-21-24). Il comprend trois membres du personnel interne de La Havane : Jean-Pierre Garnier, Antonia Malinova et Juan Pittaluga. Mais il faut compter aussi sur la présence des cinq acteurs extérieurs que sont Julien Chavrial, Olivier Coyette, Blanche Leleu, Jérémie Lippmann et le jeune Pierre Ninney de la Comédie Française.
Une fois présentée, Ksénia n'a plus qu'à entrer en action, ce qu'elle fait sans attendre. Elle débute en grande forme avec Le Cid. La performance, observée de derrière le jury par votre attentif agent, surpasse de son point de vue les précédentes vues en répétitions. Vêtu de son pyjama violet, armé de son lourd chandelier, votre réactif agent rejoint Ksénia en scène pour Funérailles d'Hiver tandis que Marie se retire à son tour près du jury pour faire les bruitages de coups sur porte. Malgré un passage inattendu des bruitages de jardin à cour Ksénia ne se laisse pas démonter et joue le rôle de Shratzia avec toute la fureur qui la caractérise, arrachant des rires au jury. Enfin, rejointe à nouveau par Marie, Ksénia joue les Trois Sœurs en russe avec beaucoup d'émotion.
Pas de retours, évidemment. Ksénia et ses partenaires quittent prestement la salle Isabelle Adjani. On peut néanmoins se montrer optimistes, les scènes ayant été offertes avec talent. D'autre part on sait que François-Xavier Hoffmann connaît Ksénia et qu'il avait déjà vu et apprécié sa performance de Funérailles d'Hiver auparavant (cf rapport n°10).
Les résultats finaux du concours tomberont le lundi 6 juin. Nous saurons alors si Ksénia a pu rejoindre le corps d'élite de La Havane.
Jeudi 2 juin : salle Pierre Dux
Jeudi de l'ascension ou pas, les Havaniens sont tenus de travailler.
En l'absence de Muriel, et guidés par Julien, Liza, David et André passent leur Britannicus. Le texte est très bien su mais il leur faut à présent travailler à trouver des passages susceptibles d'être dits en débit accéléré et avoir davantage de rupture pour éviter une longue performance monotone.
Liza reste en scène et est rejointe par son partenaire Tony pour Éloge de la philosophie, d'après Lucrèce. Jusqu'à présent ce texte était partagé avec Morgane F et Manuel (l'autre) auxquels étaient attribués de courtes répliques. A partir de maintenant Liza et Tony gardent l'intégralité du texte pour eux seuls, ce qui donne plus de sens à la scène.
Julien leur fait dire la scène debout, sans mise en scène, les pousse à poser les vraies questions soulevées par Lucrèce. Un travail d'appropriation du texte est à faire.
Marie C tâtonne encore sur Music-hall, son texte de Lagarce la mettant en scène comme ouvreuse de théâtre, aussi souhaite-t-elle ardemment le travailler. L'entrée en scène lui semble délicate à gérer, mais il s'agit ici d'un détail à voir dans la salle Francis Huster, où aura lieu le spectacle. Malgré quelques trous, dont elle peut jouer, Marie s'est approprié le texte. Il ne lui reste plus qu'à s'amuser avec.
Ksénia embraiera derrière Marie avec Comment j'ai rencontré mon mari. Cette scène s'avérera laborieuse à travailler en raison des fous-rires qu'elle suscite chez André.
Après PAUSE Roxanne et Armeline, entourées d'un cheptel masculin, travailleront brièvement leur scène commune de Lucrèce : Le vide.
Morgane F ira sur le plateau incarner son personnage de la Mariée en Rade, issu de l'Instantde Jean-Marie Piemme, qu'elle devra jouer le jour J dans une vraie robe de mariage. Ivre d'alcool, elle nous parle de son cher promis, et de leur mariage gâché par la soudaine disparition du futur marié. Leur cérémonie devant avoir lieu à la suite de neuf autres, Morgane se voit obligée de chanter neuf marches nuptiales d'affilé, exercice aussi drôle à voir qu'épuisant à exécuter.
L'autre Morgane, immatriculée P, repassera le Tabouret de Lagarce, que nous avons déjà décrit plus haut. Elle aura plusieurs problèmes d'arrêts. Julien lui préconisera de réapprendre le texte avec ses virgules.
Pour finir, le concert de biscottes, craquottes et wasa est retravaillé pour la première fois depuis un long moment. Les musiciens ont pour la plupart de beaux restes. Thomas, quant à lui, s'essaie pour la première fois au rôle du chef d'orchestre en s'aidant de la partition élaborée par Julien.
Vendredi 3 juin : salle Pierre Dux
Cette fois-ci c'est autour de Julien d'être absent. Mais Muriel est là avec une bonne surprise : un prototype de conduite pour la partie Cabaret du spectacle. Cette conduite débutera donc suite à la scène de La doctrine d'Épicure qui conclura elle-même la partie Lucrèce.
- Chant Barbie Girl : tout le monde
- La Panique : Liza et Roxanne
- Le « coq en caoutchouc » : Liza et Servaas
- Suite et fin de Barbie Girl: solo de Ksénia
(mise en place du piano et du décor cabaret)
- Je mourrai d'un cancer de la colonne vertébrale(Boris Vian) : Armeline et Docteur Arlucky
- Comment dire (Samuel Beckett) : Servaas et Anatole
- La Femme d'Affaire, partie 1 : Lucile
- Ophélie dans Hamlet-Machine: Roxanne
- La Femme d'Affaire, partie 2 : Lucile
- Un diabloguede Dubillard : Lionel et Tony
- La Boîte de Thon : Farida
- Intermède: David et Servaas
- Rythme: Docteur Arlucky en claquettes
- La Cimaise et la Fraction : Manuel (l'autre) et Armeline
- Comment j'ai rencontré mon mari : Ksénia
- « Je suis innocent ! » : Thomas
- « A quoi tu penses ? » : Farida et Anatole
- « Proches » : Marie C, Lucile, Thibaut
- Concert de Biscottes : tout le monde
- Le Chef d'Orchestre : Morgane F, Manuel (l'autre), Thomas
- La Peinture au Couteau : Thomas, André, Tony, Docteur Arlucky
- Le Silence de la Mer : Thibaut
- L'Instant(la Mariée en Rade) : Morgane F
- Les Oiseaux dans la Charmille, avec rollers : Marie D, David, Anatole, Servaas Docteur Arlucky
- Music-hall(Lagarce) : Marie C
- Tour de magie, lévitation: Servaas
- L'Instable: Farida, Ksénia, et Lionel
- Les Trois Litanies : Marie D et Thomas
- Duel de fleurets : Manuel (l'autre) et Docteur Arlucky
- Britannicus: Liza, André et David
- Krum l'Ectoplasme : Lionel, Morgane F, les garçons
- Chant Parlez-moi de moi: tout le monde
Bien sûr cette conduite peut encore être sujette à modifications. Le chant final, Parlez-moi de moi, est ainsi susceptible de passer à la trappe car jugé un peu mou, donc trop périlleux pour conclure le spectacle.
On apprend une très mauvaise nouvelle par l'intermédiaire d'Anatole et de son téléphone portable. Servaas se serait cassé une jambe suite à une chute en scooter et porterait un plâtre pour les trois semaines à venir. Horreur et stupéfaction dans la salle. Tout de suite on s'inquiète pour le malheureux avant de se demander comment il pourra jouer La pubertéen slip kangourou ou faire son tour de magie.
L'intéressé a prévu de nous rejoindre en cours de séance.
La doctrine d'Épicure, scène finale de la partie Lucrèce, fait l'objet d'une ambitieuse proposition de la part de Tony, qui a décidé d'y inclure des accords de guitare directement issus du célèbre titre Somewhere Over the Rainbow de Judy Garland, réinterprété récemment par Israel Kamakawiwo.
La proposition plaît à Muriel qui reprend cependant Tony à de nombreuses occasions sur son texte, qu'il dit trop bas et trop vite. Pour la réplique finale « Et ce qui en est aujourd'hui, ce qui en sera demain, il en fut de même autrefois. » qu'il reprend plusieurs fois en chantant, Tony veut être accompagné d'un chœur de plusieurs camarades. Se porteront volontaires Marie C, Roxanne, Lucile, Ksénia et votre enjoué agent.
« Tu es suédois, c'est pas possible ! » Muriel à Tony parlant trop vite
Arrive alors Servaas. A la stupeur générale il s'avère qu'il n'avait nulle jambe dans le plâtre et avait simplement fait une farce à Anatole. Soulagement.
Lucile et Thibaut présentent pour la première fois l'idée de mise en scène qu'ils ont concoctée pour leur scène en duo de la page 182, incluse dans la partie des Dangers de l'amour.
Ils s'adjoignent l'aide de Roxanne et David, qu'ils tiennent chacun au bout d'une corde rouge attachée autour du cou et entraînent ainsi sur scène comme des cobayes pour illustrer leurs propos. Le procédé est dangereux, Thibaut manquera d'étrangler involontairement David, mais l'image fonctionne. Lucile regrette profondément que ce travail, imaginé la veille, n'ait pas été plus abouti avant sa première présentation.
Il reste une semaine à Morgane P avant de faire son échéance personnelle, d'où la nécessité pour elle de répéter aussi souvent que possible le Tabouret de Lagarce et La mort ne peut être une souffrance mais une délivrance(page 135), de Lucrèce. C'est cette deuxième scène qui est présentement abordée.
Empêché aux répétitions par de nombreuses indisponibilités, Manuel (l'autre) y sera désormais remplacé par votre disponible agent aux côtés d'André. Morgane tue aujourd'hui ses deux partenaires en expérimentant un accessoire loufoque fournit par votre resourceful agent : un immense gourdin gonflable, qui confère à la belle un aspect de femme des cavernes et a l'avantage de ne pas blesser ses victimes (ou fort peu). A cause de son aspect extravagant cette massue sera le seul détail un peu dérangeant pour Muriel.
Avec son texte su pour seule défense, votre misérable agent se fait donc violemment mettre au tapis par Morgane et tente encore de se redresser en avertissant l'audience que, en raison de la rupture dans la chaîne de nos souvenirs, il nous importe peu de nous réincarner ou d'avoir connaissance de nos vies antérieures. Cela exprimé, il est aussitôt achevé par la cruelle Morgane d'un coup de massue bien placé.
Cette scène, qui vise à vendre la mort comme une délivrance, est sujette à peu de critiques. Il faut juste que André résiste à ses envies de rire et que votre agent, tout en portant très loin la voix, intègre la présence menaçante de Morgane et ses manœuvres lorsqu'il est à terre et encore conscient.
Votre affluant agent profite de la PAUSE pour s'échauffer et pouvoir passer Rythmeen chaussures de claquettes. Ce qu'il fera dès le retour de la masse dans la salle.
Muriel remarque des progrès dans l'exécution et apprécie la proposition de costume (un short de course très court et un tee-shirt de sport bleu labellisé 10km de Sélestatcouvert de sponsors, en plus des chaussures de claquettes et des chaussettes montantes). Mais elle remarque que la fin du texte, après l'imitation d'une course d'ongulés, est trop longue et mérite d'être accélérée. La partie « trip » sur la marche lente demande davantage de souplesse au niveau des bras et enfin Muriel peaufine en détail la première marche de claquettes vers l'avant-scène.
Anatole fait une belle proposition pour son passage dans les Dangers de l'amour, à partir du paragraphe qui lui est attribué page 182. Torse et mains couverts de traces de sang, il fait de cette scène sur la possession des amoureux un véritable rite vaudou. Il est aidé de Tony, chargé de recréer des rythmes tribales avec ses percussions, mais aussi de Lucile et Thibaut dans le rôle de deux amoureux qu'il contrôlera au moyen de poupées vaudou. Ces amoureux sont manipulés pour tomber dans les bras l'un de l'autre, essayer de s'embrasser, et se repousser mutuellement.
Le choix des interprètes ne s'est pas fait au hasard. En effet la scène du duo Lucile-Thibault répétée un peu plus tôt (voir plus haut) devra être enchaînée à celle-ci d'Anatole.
Beaucoup d'essais et de recherches sont effectués autour des tambours de Tony, dont les premiers rythmes sont jugés trop gais et évoquent le carnaval de Rio. Anatole exprime ses attentes en terme de musique tribale en faisant référence à une fameuse scène de l'adaptation cinématographique de Vingt Mille Lieues Sous Les Mers en 1954 par les studios Disney. Dans cette scène le personnage de Ned Land, joué par Kirk Douglas, tente de s'échapper du Nautilus et explore une contrée qu'il croit déserte avant d'y découvrir la présence de sauvages anthropophages et de rebrousser chemin. Ces derniers se lanceront par centaines à sa poursuite, précédés par d'inquiétant rythmes de tambour.
Marie C répétera une fois de plus son Music-hallde Lagarce. La plus vilaine critique dont elle écopera sera un commentaire sur la frange qui lui masque en partie les yeux.
Morgane F conclura la semaine avec l'Instantet ses neuf marches nuptiales enchaînées. C'est l'aspect et la démarche de la mariée ivre qui seront ici travaillés avec le plus de soins. On suppose qu'il sera peut-être plus aisé pour Morgane de jouer une femme bourrée en portant des chaussures à talons hauts.
Nous sommes désormais à précisément trois semaines du spectacle qui achèvera l'année en beauté.
Où qu'on soit, La Havane nous supporte et nous encourage
Docteur Arlucky
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